Où sont les poètes ?  
À propos

Où sont les poètes ? La première fois que cette question m’est parvenue, elle était attachée à un sticker tendu par Marsu. Elle s’était posée et imprimée au creux d’un groupe d’occupant•es de la Colline en 2021. Le mouvement de colère contre l’atteinte à la culture avait porté à mes mains un bout de papier lourd de sens. Pendant des années j’y ai pensé et repensé, ces mots pendus à ma peau, où sont les poètes ?

Qui dans mon environnement, sur mes sillages, et moi dans les leurs, a observé les mêmes choses, différemment, a tenté d’y poser du sens, ou de l’en dépouiller ? Comment nos voix résonnent-elles dans l’espace, nous qui sommes plus que jamais régulés par le temps, temps qui appuie de tous ses doigts et tasse ce qui reste de notre rapport à autour ? À lire sur le sujet https://www.ousontlespoetes.fr/citadelles/

C’est en ayant ces réflexions, et en parlant avec des ami•es, que l’idée de créer une toile virtuelle, un maillage en ligne d’expériences spatialisées m’est venue. ousontlespoetes.fr est donc un site de poésie située et collaborative. Il vise à retrouver un sens de la communauté au travers des textes et de la poésie (au sens large). Ce site cherche à créer de nouvelles connexions, à développer une grammaire collective, mais aussi à se rendre compte que la poésie est partout, dans notre environnement et notre quotidien.

Je vous invite donc à écrire, à partager vos pensées, à envahir la carte de mots.

Bien évidemment il faut que ce soit fait dans le respect de chacun•e, la modération du site se réserve le droit d’invisibiliser tout texte discriminant et/ou incitant à la haine.

Pour écrire un poème il vous suffit de vous connecter ou de vous inscrire, puis de cliquer sur le stylo. Attention à renseigner correctement les coordonnées GPS de votre poème avant de le publier. Elles sont obligatoires pour la publication mais vous n'êtes pas obligé•es de mettre les coordonnées exactes du lieu où vous l'avez écrit.

Pour toute question ou suggestion vous pouvez m’envoyer un mail à ousontlespoetes@gmail.com ou un message sur instagram à @annapichot.

Un grand merci à Michel Ravey pour avoir permis à ce projet de voir le jour.


Liste des poèmes

111

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Mravey HEAR
à lenteur d’escargot

8 Juin 2025

Ce monde veut nous faire oublier,
ce que le vivant souvent  a besoin de crier, de murmurer, de chuchoter 
Aux portes de nos sens, aux doigts de nos synapses, 
Qu’il faut soudain, pour 
                                  lier nos chemins à la terre,
                                  palper nos chaire l’ampleur de l’air,
                                  les vibrations de nous, autres,
                                  toustes enfants de la même Mère,
Soudain, exister à lenteur d’escargot 

                              à lenteur d’escargot

                                   Pour entendre 
Chaque grains, pierre, roche, 
                                                      sous chaque pas, souffle, va, 
L’humeur de l’air, l’odeur du ciel, où l’eau va 
Le chant des oiseaux, des insectes, des vallées, et si
on reste comme ça pendant un moment, enfin
l’on pourra entendre le chant de tous les mondes et
                                                                                 le cri de Gaïa.

Æzul
Maison Commune

Il y a de grands ensembles   froids
                                                        béton 
Il y a de grands ensembles   bleus 
                                                        baisse le ton 

Contre la mort dehors -nos adelphes en sang
Serre moi contre-nous-eux, 
                                           ensemble
      autour du feu qu’on fait
                                           dedans 
       tout m’en semble doux-heureux

Et dans l’étreinte du foyer naîtra toujours demain
Pour que puissent nos cœurs  ne jamais être éteint

Æzul
bonne continuation

il a dit bonjour c’est moi oui c’est ça ouais pour le- exact

il a mit sa grande malette noir dans le coffre vide il ne m’a pas laisser la prendre il l’a posé lui même. il a refermé le coffre vite et un peu fort

il s’est installé à l’avant sur le siège passager puis il à regardé la vu devant derrière la fenêtre pendant les 15 premières minutes du trajet

 

puis il a coupé la parole à Rihanna pour dire que je me débrouillait pas trop mal que je conduisait plutôt bien que c’était sa première fois en tant que passager que normalement il conduit

il conduit une voiture un peu comme la mienne, il a demandé le model de la mienne puis il a dit qu’il conduisait une voiture un peu mieux que la mienne puis il a ricané et il a dit

que c’est juste que le moteur de la sienne est plus fiable et plus puissant car après 2012 AMG a fait de nettes progrès sur ses moteurs je ne sais plus lesquels exactement

il a dit que sont moteur était monté à la main par un seul ingenieur

il a parler de soupapes et des moteurs récents qui sont moins performent il a parler de la difference entre les diesel et l’essence il a dit que

son moteur il est fait pour avaler les kilomètres et que il peut atteindre le million facile que là il est a 400 000 environ

il m’a dit que c’était bizarre qu’une fille comme moi ai une voiture comme ça à mon age il m’a demandé ce que je faisais dans la vie il a demandé ce que mon père faisait dans la vie

il a dit qu’il a commencer en achetant des garages à biarritz là où habitent ses parents et qu’il les mettait en location, qu’il a commencé avec un et que maintenant il a quelques appart’ là bas qui sont en loc aussi ouais

il a dit que il a fait beaucoup de trajets entre paris et biarritz du coup que ses parents viennent de la bas mais qu’il a bougé à paris

que a paris sa vie maintenant est là bas que ouais c’est top paris on s’ennuie pas que peut être plus tard il irai au bord de la mer mais peut être pas en France car la France c’est plus possible c’est de pire en pire vraiment

il a dit que l’covoit’ ça fait passer le temps et c’est sympa quand on a une bonne voiture comme la sienne

comme la mienne aussi hein et il a ricané

il a dit une fois qu’il a eu un type en blablacar avec lui de paris à biarizz et que ce mec était vraiment sympa et cordiale, enfin qu’il ne parlait pas beaucoup mais que du peu qu’il ai parlé avec lui il était très cordiale oui cordiale c’est le mot

il m’a dit et si je vous dit que ce mec très cordiale vraiment et bien c’était un mec en cavale en fait qui était de meche avec poutine pour tuer un opposant politique

il a dit c’est dingue quand même cette histoire et que le mec était bien français oui

il m’a dit qu’il aurait jamais penser que ça puisse lui arriver mais que le mec était cordiale et que tout s’est bien passé pour lui en tout cas il a ricané

il a dit que le gars lui avait laissé un bon avis avec 4 étoiles et que c’est la semaine d’après, pile une semaine après le trajet qu’il a lu dans un article son nom

il à parle de vladimir poutine, d’association de malfeteur, d’un mec qui avait 100 000 euros sur sa tête

il a parlé d’un autre mec condamné pour escroquerie russe exilé il a parlé de préparation d’élimination d’opposant politique il a nommé le procureur anti terroriste

des renseignements interieurs français

je n’ai pas tout compris et après il a dit qu’il l’a écharpé belle il a ricané encore

 

voyage agréable en compagnie de Samuel, bonne continuation

adelesolangeagnes
le sujet c’est les complots

ce que je sais c’est que mamie et papi ont un compte facebook

ce que je sais c’est que ils détestent Mélanchon

je ne sais pas si tout le monde déteste Mélanchon

je sais qu’ils prennent l’avion peut être 10 fois par an

ils savent que l’avion c’est un moyen de transport plus sur que la voiture qui est plus sur que la marche à pieds peut être

je sais qu’une voiture peut tuer un piéton

je sais que le lion mange le chat le chat mange la souris

je sais que enfin plutôt je sais que des lions peuvent manger des chats et des chats peuvent manger des souris

la souris fait peur aux humain

l’humain empoisonne la souris et tue le lion au fusil à pompe

mais il travaille 35h par semaines avec 5 semaines de congés payés par ans pour acheter des croquette a

felix

minou

chaussette

moon

vanille

chocolat

kiki

didier

pepette

princesse

je ne sais pas qui a raison

je sais que je me demande qui a raison

je ne sais pas si le cerveau à son coeur que l’ignorance raisonne (ça y’est)

je ne sais pas est la vérité

je ne sais pas pourquoi l’eau chaude refroidis si vite

je ne sais pas pour quoi je cherche tout le temps mes clés

je ne sais pas ce que les gens penssent

je ne sais pas combien de mètre mesure le tour de la terre

je ne sais pas combien de litre de gazole il faudrait pour en faire le tour

je ne sais pas combien de fois il faudrait faire le plein pour en faire le tour

je ne sais pas quel est le prix du diesel sur la route pour en faire le tour

je ne sais pas quel serai la vue devant derrière la vitre au bout de ce tour

je sais que ce sera plûtot long

je ne sais pas ce que le mot long veut dire

je sais que les abeilles vivent 20 jours

je sais qu’un humain peut vivre 100 ans

je ne sais pas si quelqu’un à battu jeanne calman

je ne sais pas si vivre longtemps c’est ganger

je ne sais pas ce que gagner veut dire

adelesolangeagnes
ma chère anna, (permanence poétique du 24 octobre 2025 à l’Orée85)

Permanence poétique l’orée 85 24 octobre 2025

 

J’aurais aimé te parler des choses parce qu’elles sont belles, je vais t’en parler parce qu’elle sont importantes, 

 

je me souviens du 23 mai et de la pseudo libération, c’était une boîte pour une autre, c’était la fin de la quatrième année, et j’y songe avec un haut le coeur qui pourrait dire s’il parlait « c’était il y a 5 mois et je ne savais pas que les jours lorsqu’ils sont collés aux nuits, et jouent à la bouillie avec ma mémoire, pouvaient me rester comme les mouvements des pleurs. »

 

Des mois entiers ou le temps à joué à cache cache avec ma raison, 

 

la grande horloge capitaliste et productive fut bâillonnée, et je ne me souviens plus bien du terrain vague dans lequel j’ai zoné. je sais que j’ai eu peur de rester confinée dans mon drame pour toujours et que le temps ait abandonné mes fenêtres. que ce sont tes mots auxquels je dois beaucoup 

 

(pour ne pas avoir à dire que je leur dois mon retour ici)

 

 

Cet été on aurait dit que le monde essayait de pleurer au travers des gens que j’aime

 

Et Dans ce foutras de semaines j’eu le vertige Anna. 

 aucun lieu ou me déposer, j’étais pareille à une chienne en chasse, seulement, dépossédée de sexe et de corps à faire mourir. Dans tout les interstices des gens des villes des trains et de l’été banni, je sentais la présence acre de rêves lorsqu’ils explosent. 

 

Dans mon corps français, il y avait la chair de la Syrie.

là ou l’injuste veut dire mourir et voir brutalement l’intérieur de son corps à l’extérieur de son corps 

J’ai perdu les mots et j’ai senti ma douleur prendre les armes. 

 

Après des semaines en y, il y a le temps mort, la blanche colombe fait d désastre et j’ai la trouille d’aller au lit, donc je suis resté debout tendue comme proie.

 

J’ai mal aux mains et au père, ou sont passé les grillons et la crasse sous mes ongles? Quand je regarde mes mains quand je fais la vaisselle je n’y vois parfois les mains de personne? comment on sort de la et ça a quel gout la peine en semaine? 

Je devrais me demander : je fou quoi après mes études? Mais je pense que quand le choc te prends ça fait comme un viol de la mémoire, un piratage du réel, 

Des vies qui vallent 0 parce qu’elle sont arabe, ma famille qui devient un nombre de morts et de déplacés, Soad, Nadia, Ayman, Amir, Zain, Aya, Ranhi, deviennent un bilan de 1386 morts ou 128 000 déplacés. 

 

Je me suis demandée, comment être solide ?

De quoi suis-je faite si mon père perds tout, même le nom, les frères et la patrie?

 

Mais mon frère m’as écrit , ‘you know, in 2001 that was when i first talked to dad after some years from leaving, i heard i little baby crying in the back the phone call, that little cry was you, that’s when dad told me i have a beautiful sister! Since, that day your voice stayed in my head for that long and gave me hapiness and hope for a beautiful future to meet you’ 

car nous sommes toujours la.

Donc  le terrible nous on en fait des confettis. 

 

 

Il a fallu se remettre en mouvement.

 

C’est dans cet épuisement, j’ai presque raté mon train pour les alpes. où caché entre les roches il existe un cours d’eau qui dévale le corps de la montagne pour s’embobiner dans la terre. La bas, dans la marche et le sommeil, j’ai pu tresser le réel à ces brins rares qui existent dans les ventres des femmes qui nous aiment. Cette femme à fait de ses mains un landau, nous avons logé l’insoutenable dans l’effort et les crêtes des écrins.

Les sommets eurent ce pouvoir de délester nos joues, c’est la bouche grande ouvertes, toutes les dents offertes au massif que nous avons pu nous étreindre. J’ai pu dire. 

 

L’immensité du dehors à comme fait de la place au dedans de moi. 

quelque chose comme un lieu duquel on voit au loin du paysage et de l’avenir.   

le lent rouli bouli du train retour à passé la brume de ma conscience au tamis. j’eu des mains pour démêler mes cheveux et ce qu’ils contiennent. 

 

Paris a accueilli un haut le coeur, 

ce haut le coeur je le nettoie ici, comme on nettoie un objet maudit mais précieux.  J’espère qu’a force de caresse j’assouplirais ces angles et polirais ses tranches.  

 

Il y a de cela des mois, des époques entières je t’écrivais que dans tes mains, l’absurde qui tue des hommes et des femmes devient un bambin que tu consoles, 

Je le répète en ces lieux sacrés qui sont les nôtres, et les vôtre aussi. 

 

dans tes mains, l’absurde qui tue devient un bambin que tu consoles, 

 

 

Je tiens à te parler de la force des regards dans lequel j’ai retrouvé le sommeil, la taille des mains qui m’ont tenue et prêté leur joie. D’a quel point des rires peuvent être beaux lorsqu’ils se jettent. De comment le réel à reprit ses marques, de comment la tendresse peut te rendre au monde, même lorsqu’il semble avoir prit congé de tes lieux.

 

Merci pour l’avalanche de sens que ton amour sait dresser.

 

bientôt je te parlerais du bateau, et du riz aux amandes et aux abricots confis de mon père. bientôt je te parlerai du vent quand il me gonfle, et de cet immense trou dans mon ventre qui devrait être dans la terre, de ma théorie sur les morts que l’on porte dans ce trou abdominal si jamais on ne leur offre une sépulture, peut être si j’ai le temps, de pourquoi je pense que ces sépultures sont en réalité les nôtres. je te dirais aussi mon envie de me fondre dans les bras de quelqu’un parce qu’il a le gout du beau et que j’ai le droit de m’y taire. et surtout que désormais, lorsque de l’eau coule dans mes paumes, j’y vois un lac. 

 j’aimerais si tu le veux bien, te rendre l’odeur de la mer. 

Lena Lepetit El Aramouni
Les amitiés ne permettent pas toujours de se retrouver

Cet été je suis partie longtemps loin de chez moi pour essayer de retrouver un rapport au temps lent et qui compte.

J’ai pensé à toi comme à une amie qu’on reverra c’est sûr,

sans savoir si on se retrouverait,

vraiment.

Toi et tes grands chemins, tes envies d’ailleurs, de nulle part parfois,

parce qu’on t’interdit par le sang la langue et les chutes

de toucher aux frontières qui sonnent juste

à ton corps.

J’ai pensé à toi dans mon galop aux baisers, aux hauteurs,

chaque fois que je glissais dans ma tente placée au mauvais endroit.

J’ai pensé à toi et je me suis demandé comment je te raconterai ce très long été qui m’a accouché comme autre, et à qui j’ai arraché ce que je pouvais

comme jamais je n’avais osé.

 

Je me souviens par bribes,

par doigts qui montent au visage en masque de pleurs, par rires volés au vent et au jour,

par tirages de cartes comme prétextes pour se dire ce qu’on pense,

des quelques moments où je t’ai vue.

Jamais longtemps, car c’était un été de drames,

de pertes,

qui n’invitait à aucune parole

et où ma présence lointaine ne savait plus répondre que par de sincères et absurdes

”je suis là”

face à l’horreur et toi dedans.

 

Cet été j’ai vécu avec des œillères imposées par la distance

des expériences qui ont tenu, sensibles et dans leurs paumes,

mon cœur comme un oiseau malade,

et ont rendu parfois obscène le décalage de vécu entre nous.

 

Au terme de ces gros mois, et autour d’un café avec toi, à jouer à faire semblant que rien n’avait changé malgré les morts le silence et le temps, on s’est dit ”alors, raconte”,

et il n’y avait pas de bout par lequel le prendre :

bras ballants et yeux grands ouverts, le tout à rattraper m’a fait peur.

Pourtant parfois nos regards, j’en suis sûre, se sont rejoints,

d’un horizon tranché par la proue d’un bateau à un front de mer,

d’une nuit à une autre et nos deux têtes relevées,

de tes crêtes aux miennes et nos pas

au nord nos parents.

 

Tu sais j’ai l’impression étrange

d’avoir fait tomber les feuilles des arbres en

clignant des yeux,

de me sentir consciente de ce moment, là,

mais que mes mains ne saisissent plus rien du reste,

que le temps a passé sans que je l’y autorise, et toi avec.

Je me sens loin comme je te sens loin

et je ne sais pas ce qui est le plus vrai d’entre les deux.

 

Alors promis je vais essayer d’avaler le vide.

 

Si je devais tout te raconter je commencerais par dire qu’il m’a fallu arriver dans le Cantal, ma main prise dans une autre, pour qu’enfin je ne comprenne, par le poids du geste et des regards épais, l’espace entre mon temps et son écoulement à l’extérieur.

 

Comment parler de l’ouverture du cœur par le ciel toujours immense, par la roche humide qui se confond à la peau, par les phrases simples mais qui résonnent ?

 

Là-bas les gestes ont toujours du sens, que je coupe du pain ou

qu’on me laisse toucher à la terre

et m’essayer à m’y creuser une place;

il s’agit d’apprendre à avoir les bons degrés de résistance et d’abandon

une main qui tient, une qui pousse,

le pied tendu sur la pédale du tour

garder tous les doigts au même niveau, se servir

de la tranche de la paume pour

agir sur la hauteur,

presser d’un doigt sur l’autre pour ouvrir la terre,

comprendre qu’on guide surtout.

 

J’ai eu le souffle coupé de cette nouvelle intimité,

et chaque dépôt de terre dans le bac d’eau me la faisait monter aux yeux.

 

De là-bas je me rappelle des chiens agressifs, des chiens de traîneau, de leurs hurlements,

de leur course que j’imaginais sur les sentiers que nous empruntions,

celle qui m’ouvrait sa maison et moi.

 

Sur le plancher de bois du jardin,

on a attendu le brame du cerf,

qui n’est jamais arrivé,

comme s’il n’était déjà plus nécessaire d’annoncer quoi que ce soit.

Le visage offert à la nuit,

j’ai senti Théoline faire un vœu au passage d’une étoile filante

que je n’ai pas vue,

elle me tenait la main

chaude

sa main

et moi,

je la regardais avant le ciel.

 

Sans savoir pourquoi, je me suis mise à lui parler de fourmilière,

je l’ai prise sous la couette

et je lui ai dit

imagine toutes les galeries qu’on pourrait construire

à deux doigts ou plus

et de tout notre souffle faire gonfler

nos espoirs et tes yeux immenses

qui toujours me sourient

comme une promesse.

 

On a marché sur les crêtes, dans la pluie,

dans la hargne du vent à nous chasser

et le paysage comme un murmure.

J’ai crié à chaque saut d’hirondelle, à chaque fourmi volante coincée dans nos narines, à chaque suspension de vautour dans le ciel gris

et les flancs si verts d’un endroit où nous n’irions pas.

 

Elle, en silence, me tendait ses mouvements comme une caresse.

Son grand corps devant parfois

dans mon dos

je pouvais toujours deviner la trajectoire de ses coudes et de

ses pieds

dans les anfractuosités qu’on partageait

jusque dans mon corps fondu dans ses prises quand enfin stoppées

nos souffles s’écartaient l’un de l’autre,

et nos balancements innocents

nous éloignaient du vide.

 

Et sa main

elle me tenait la main

chaude

sa main.

 

Je me souviens du regard lourd et doux

des bêtes

des Salers

du lac fuyant à la digue qui perd

son eau et des oiseaux en passages,

en rotation au-dessus de ce qu’il en reste.

 

Dans ce foyer qu’elle m’offre

du fond de la gorge encore tremblante

je cherche la bonne allure, encore

les bons gestes.

 

Je me suis demandé comment retrouver un rapport au temps si prenant qu’il dilaterait mes pupilles, seul.

Prise dans une réflexion qui anesthésiait mes sens,

dans une course sans but qui n’était pas non plus

une fuite,

j’ai couru pieds nus sur l’herbe aux aiguilles de pin.

Dans les flaques d’eau froide,

sous les trombes de pluie et avec le tonnerre en fond sonore.

Tout autour que les montagnes et le bruit du torrent.

Traversée par la pluie vide

et tout le corps sourd

à mes battements propres.

J’ai couru sans reprendre mon souffle.

J’ai presque compris la tempête.

 

À l’arrière du rideau de pluie, les Pyrénées comme des ombres,

comme des souvenirs,

remontaient avec le froid le long de mes orteils,

me figeaient autant qu’elles me rendaient

vrombissante

une illusion d’immobilité donc

une surface d’eau calme avant ou après un torrent toujours

et les deux liés et ensemble.

 

J’ai depuis, je crois, le regard fixe et qui sait,

le regard qui parle en silences,

le regard qui voit loin parce qu’il a pris le temps d’observer

même au milieu des doigts des genoux des orteils en terre,

et la sueur autour

en marchant, toute ma vascularisation à la surface,

rouge et pleine donc.

 

Dans l’intercité pour Brive-La-Gaillarde une très vieille dame lisait

La vie est facile ne t’inquiète pas et j’ai trouvé ça déchirant.

Comment prendre conscience suffisamment tôt que la vie est facile ne t’inquiète pas, avant de devoir le lire dans un intercité,

accablée déjà par son passage.

 

Tu traverses les mêmes questionnements, et

toi et moi avons fini par partir

quelques jours à la découverte des endroits sans maisons

seulement la nôtre,

celle qu’on décidait de se faire.

 

Là on avait la chance d’avoir la peau hérissée

peut être pour toucher un peu plus à tout

pour imiter la roche

et les bouts de carcasse de crabes.

On s’est bagarrées avec les vagues

on a eu les cheveux qui tiraient les ombres jusque dans le fond des mains

la plante des pieds pleine de mémoire aqueuse

sur le sable en bosse, et l’eau au-dessus

dans la bouche

l’eau comme un film contre

le vent plein les yeux

grands ouverts

on sentait nos cils

lourds et le sel.

 

Tu as eu là un sourire grand et sans mystère,

une langue offerte au jus de citron et aux ruines.

On a su avouer notre faiblesse aux bois,

et on s’est lavées les mains avec quelques gorgées d’eau, l’une après l’autre,

dans un étrange rituel pour faire tomber le dôme de nos yeux.

Sans plus rien voir je te savais là et moi avec,

pleines de peaux sans fourrure et de bouches sans crocs

et pourtant je me rappelle m’être dit

la nuque chaude de penser dos au soleil,

j’imite les enfants qu’on perd,

et dans notre maison de toile je n’ai plus peur.

 

Petite je confondais départ et abandon,

je me cachais dans des valises pour tromper

la fuite,

alors même qu’on m’attendait.

 

Je n’ai plus peur.

 

J’ai dans la gorge nos cheveux longs et qui poussent,

comme une promesse de noeuds à démêler,

comme une envie de dire je t’aime

 

et je suis là

même loin et bouche fermée,

sans preuve mais dans les yeux.

Anna Pichot
Pliée dans ma poche

Coups de soleil
sous ma couette
Grains de sable
sous mon pansement
Douceur des larmes
sous mes paupières
pas démaquillées

Quelques paillettes
subsistent encore
Comme cette page
pliée dans ma poche
que je ne veux pas jeter
et à laquelle je m’accroche

On sait que c’est là
et c’est la vie

Facile à dire, toi tu es loin
tu ne le lis plus, ce livre
dont j’ai gardé la page

Pliée dans ma poche.

Euphoria
et puis ça a fait plouf

aujourd’hui j’ai dit à D. que ta mère avait répandu tes cendres dans les vagues l’année dernière 

sans moi

sans toi

sans nous

mais entre les roches on était toutes les deux partout quand même 🌊

Heloise Ber
Paysage en bord de mer

Là d’où je vous parle il y a les bords du monde — l’air est salé et le sol est à la fois sec et trempé — le soleil se baigne tout nu comme un gamin s’éclate s’éclabousse se miroite

Là d’où je vous parle il n’y pas de rues mais des allées de sable — une qui va vers le ponton et une autre qui va vers le bistro — allées de sable et plein de poils car le village d’où je vous parle a été pris par les
chiens

Leurs truffes brillent et on dirait non pas des meutes mais — des étoiles à ras-du-sol on dirait — des raz-de-marée errants 

Et le soir les habitants réchauffent les restes de la veille sur des gamelles que la nuit retrouve propres d’une propreté parfaite — comme si elles avaient été léchées par la mer

Et va savoir qui accueille qui — qui accorde la vie à qui —
les chiens au village
le village aux chiens

Elias
tas d’humains

combien d’humains peut-on ranger entre deux murs sales ?
où peut-on y rajouter un chien ? (il y a déjà sa pisse)
les corps débordent comme les bacs bleus

ai-je le droit de frotter mon dos
à ton dos ma cuisse cherche un contact
ta tête sur mon épaule (c’est cliché)

on se fait le pied avec les omoplates 

on a mal aux fesses sur un bloc en béton
combien de fesses endolories peut-on
ranger sur un bloc en béton ? et peut-on
seulement gagner quelques minutes de tendresse ?

combien de minutes de tendresse peut-on ranger
sur ce bloc en béton
entre deux murs sales

combien d’humains de tendresse des
poubelles débordantes
dans une rue qui pue ?

Elias
s’enfoirer

attention au départ
le site est sous surveillance sur le site
ça circule ça piétine ça attend
son tour 5€ les 15 minutes ça
reste assis durant toute la durée du tour
ça mange une gaufre fraîche à la demande
ça tire sur la laisse ça se tire en pleurant ça
tir au véritable fusil à pompe ça
crème de marrons chantilly ça barbe à
papa surveillez votre enfant et
veuillez rester assis sur surveillance
et durant toute la tournée du tour
attention aux départs

Elias
Corps étroits

Mon carnet sans couverture
sous les regards
le ventre ouvert
et moi aussi.
J’ai peur qu’on puisse lire ce que j’écris
Chacun de mes mots
Soudainement fluorescents
Qui se développent et végètent
Sous un éclairage infrarouge.

Je suis si confortable
au fin fond de mes yeux
Recroquevillée dans une sorte de caverne
Emmitouflée dans ma discrétion.
Mais j’aimerais que les gens ne s’évitent plus
Qu’ils se confrontent
enfoncent leurs regards
Mais pourtant face à quelqu’un
Je suis la première à briser le lien
et à montrer ma tempe
plutôt que mes yeux.
Combien de temps doit durer un regard ?
Il le pourrait indéfiniment
Mais rien que trois secondes en face de quelqu’un
même de toi
c’est déjà trop.
C’est beaucoup trop de plonger si longtemps
dans tes prunelles pleines
Ça me donne le vertige
Je me tiens sur l’extrémité de tes cils
comme sur un précipice
Tes iris deviennent immenses
Elles m’engloutissent
me soulèvent comme une vague
C’est trop, alors je me dérobe.

J’aimerais tellement parvenir
à t’offrir davantage
que le coin de mon visage.

Amethyste
L’or de la mer

Et si la goutte, faiblement accrochée à la rambarde en fer forgé de ton appartement, éteignait soudainement ma cigarette.

Et si le soleil couchant venait brûler ma rétine, sévèrement, comme une réprimande, pour que je ne puisse plus jamais te voir.

Et si mon corps, lourd de marques et d’espérance, tombait violemment du neuvième étage.

Et si je laissais, sans rien prévenir, tout s’en aller, un jour, pour toujours.

Je serais froid, frustré, inerte, perdu au loin de ma propre existence.

Un jour de novembre, hiver froid, je retournerai sur la grande plage des Conches pour y rester.

La maison s’écroule encore, les planches dans la mer, la balançoire et le grand lit dans la neige n’existeront plus jamais.

Je ne reviendrai qu’au mois de juillet pour annoncer que les grandes oies, un matin chaud, viendront déposer, encore, un baluchon.

Je serai en son centre, tu m’aideras à renaître.

erivlE
Rattraper ce qui nous échappe (3)

Dans la ruelle

on s’assied les un•es près des autres

on entend le bruit des volets qui se ferment

des sonnettes mal fixées des vélos qui vibrent sur les pavés

je sens dans mon dos

le dos d’autres et contre mon bras aussi

les gens passent nous non

on ressemble un peu aux pavés au sol

serré•es et pas si ordonné•es que ça quoi qu’on puisse y trouver du sens.

 

Orion est face à nous.

 

Elie dit c’est peut-être la salle d’attente avant l’art rendez-vous

parce que j’ai remarqué la pancarte au-dessus de nos têtes

marrant comme nom de magasin et

comme alignement d’évènements.

 

Certaines mains se tiennent certaines épaules aussi

je pense à la distance, à l’espace, à comment

mon corps est séparé du tien et à comment

quand proches on ne sait soudain plus faire la différence 

Coquille gémit

peut-être qu’elle aussi quelqu’un lui manque.

 

Les gens qui passent autour n’osent pas trop nous regarder

ils passent, curieux mais sans le montrer

comme s’ils risquaient quelque chose à rester trop longtemps

à se perdre peut-être dans des corps autres et dans des évènements

qui les emmèneraient ailleurs.

 

Orion se mouche avec un sourire en coin.

 

Je pense à l’automne et à toi qui coupe du bois dans le Cantal

et à moi qui écrit ça ici,

et au temps qui ne passe pas pareil en fonction du lieu

j’aimerais que nos horloges soient synchronisées

mais je sais que ça ne fait pas sens.

 

Nos doigts passent sous nos nez comme pour passer à autre chose. 

 

Je me dis que c’est beau d’écrire ici ensemble

de tisser quelque chose

une toile une citadelle

d’attraper le temps comme on avale un grain comme on s’assoit à plusieurs pour faire peser notre poids sur le champ gravitationnel et 

rattraper ce qui nous échappe.

 

Tu sais, en rentrant je suis tombée sur des bois de cerf dans une brocante du soir, pas loin après avoir filé par un passage dont je suis la seule à avoir retenu le nom (je l’ai peut-être imaginé)

tu me diras si par une distorsion de la trame, de la mousse de spin,

tu les trouveras dans ta forêt.

Anna Pichot
Comme si le courant d’air était en nous déjà (2)

À l’entrée  

de l’église 3 anges, et au-dessus une fissure qui grimpe jusqu’au vitrail central

je me demande si

cet endroit est l’objet de nombreuses portes claquées.

Le museau de Coquille me touche le mollet alors que les marches sous mes pieds sonnent plein

l’église est plongée dans le noir

ou alors le ciel dehors est très blanc

les statues presque aussi lourdes que le silence qui règne ici sont illuminées

seules.

 

Très blanche

et entourée de fleurs fraîches

la Vierge Marie est emballée dans un cocon de vie

qui s’essouffle et qui passe

je me souviens des plantes de pierre de part et d’autres de l’entrée

et tout à coup je me sens

je me sens comme

une fleur fraîche à la vie qui s’échappe

dans les lourds murs de pierre

le silence encore

est si pesant que j’entends mes articulations

j’entends mon cœur

j’entends le vent presser la masse de vide de l’église.

 

Coquille aboie dehors

la résonance est étrange

comme si tout nous parvenait de très loin

ou que nous-mêmes n’étions plus vraiment là

je dis nous parce qu’ici il n’y a que moi et

mes compagnons d’écriture

immobiles et en silence

sauf nos mains

on essaie de comprendre de se sentir

ici et maintenant.

 

Les bougies peu nombreuses brûlent et nous un peu avec je crois

à petit feu

dans nos yeux la lumière faible et pourtant si visible dans toute cette obscurité

est aspirée au dehors

comme la flamme par un courant d’air

et je sors

en passant une dernière fois sous le lustre immense

et je me dis

que s’il me tombait dessus

ce serait

une cage dorée dans tous les sens du terme

je m’arrête en dessous pour imaginer

mes mains sur le métal et mon passage en-dehors.

 

Quelqu’un éternue,

le son se répercute partout comme

si le courant d’air était en nous

déjà

et une voix s’élève

comme pour voir si elle passera au dehors :

c’est une mélodie qui se marie au travail du bois

et qui me passe au travers

comme le rire des enfants.

Anna Pichot
Ah je comprends c’est comme ça (1)

5 figures surplombent la zone

immobiles et drapées

je sens leur regard distrait de pierre contre mon front.

L’opéra est face à la place et en contrebas se trouve un cheval figé au cou large comme pour aller plus loin et

si on continue encore

un ange main grande ouverte ouvre le mouvement

de la fête foraine

ici les labubu les stichs les licornes à hélium attirent le regard des petits

qui doivent chuter en arrière jusqu’au toboggan gonflable pour y voir quelque chose

l’opéra cet après midi semble vide et austère et la place pleine de couleur et de cris d’enfants qui s’amusent

les deux coexistent sous un ciel gris, que les sauts sur le trampoline essaient de dépasser

sûrement.

 

Les lumières partout

et la vitesse des auto tamponneuses tentent de faire mirage

d’été qui n’est plus là

pour faire couler le chocolat jusqu’à la gorge

les mentons maintenant brunissent de cannelle 

et les têtes couvertes s’offrent aux mains de parents qui poussent le manège

ça tourne et

en quelques pas avec la musique forte encore en fond sonore

le silence des tentes blanches

d’une exposition du dimanche

avec figures en métal rouillé et paysages qui ne font pas tant chuter à l’intérieur,

ici les cadres sonnent comme des cadres

et on y a enfermé le tout autour.

 

Entre les tunnels de tente, une rivière de chaises de camping coule, et dessus des artistes qui attendent et observent sans rien dire

les réactions des passant•es.

 

L’air a l’odeur humide de feuilles qui commencent à devenir terre

d’arbres laids et nus aux extrémités bulbeuses, sanguines

parfois quand même au détour d’une toile, une surprise, un

ah je comprends c’est comme ça que le monde est perçu

représenté

compris et enlacé

par l’autre

et je souris un peu

discrètement 

comme on garde un secret.

 

À la fin de la trachée de l’opéra je vois

deux toiles grandes et au sol

qui parlent du vide

de grands paysages étendus et offerts

à nos corps qui cette fois y tombent sans hésiter

je croise le regard du peintre, yeux verts, même couleur que le ciel immense coincé entre deux montagnes 

qu’il a lâché sur ses toiles.

 

dans chacune de ces enclaves donc un monde à part entière, 

ça me fait penser

aux miens

et à comment si moi aussi je finissais dans une de ces alcôves 

je serai perçue

et j’observerai les passant•es en me demandant 

s’ils pensent que mes cadres sont enfermants 

ou si au contraire par l’appel du vide on comprend de mes toiles à mes yeux 

le tout autour.

Anna Pichot
Tout là haut

C’était l’été.

Les rayons du soleil sont partis pour laisser jaillir des gouttes du ciel triste qui s’écrasaient sur nos peaux dorées par celui-ci.

On rayonnait tout là haut , sur ces crêtes Cantaliennes , entre les nuages, entre les chemins tracés par les animaux et traversés par l’homme .

On était seules , on entendait nos respirations et les rafales du vent.

Le paysage s’offrait à nous, on était bercées par tous les éléments. La pluie s’est arrêtée, mon pantalon a séché grâce au soleil.

Il nous restait encore quelques montées à gravir. On était comme deux petites fourmis, en train de transporter nos récoltes pour la fourmilière, avec nos sacs à dos.

J’ai envie de retourner tout là-haut, pour revoir avec toi ces paysages .

Sousmonchapeau
Tas de nou.e.s [Balade poétique 1-3]

C’est ok d’être toustes collé.es
Je sens le crâne parfumé de cet être fée 
d’odeur et de chaleur timide 
Qui souri ri sous mon menton 
Promis je ne scrute pas ton carnet bleu pages crèmes à points alignés espacés de 0,5 cm

Ok j’ai osé
venir m’appuyer sur cette chenille de
12 poupées de sens, sans vouloir m’assoir je m’accuisse aux autres 

3 minutes

Chauffent mes mollet perché.es sur le banc bloc béton tombé dans la petite allée 
dans le lit du ruisseau-pipi, l’un des nombreux qui sinuent vers le vaste Kleber, ses méandres chaotique de vie ding dingue bruits plic punk chic shlag flic

Petite farce ou coïncidence poétique, comme si, entassé.es là sur notre radeau immobile, patients eternels devant des vitrines délaissées et taguées, d’une transparence opaque ne laissant voir qu’un reflet grisâtre du tas de corps médusés qui s’inscrit dans nos tas de mots qui s’entassent sur le pavé gris-pipi

Attendant un certain Art-Rendez-vous qui n’adviendra jamais 

Dans la rue du rien, trait-d’union du tout autour.

19.10.25

Æzul
Parenthèse dans le temps (2)

À pas feutrés entre les bancs

Le silence s’emplit en moi.

Craquèlement du bois,

Échos des mouvements,

Tout est au ralenti.

 

Moi aussi.

 

Pause d’esprit,

Je prends le temps.

                Éternuement.

Réaliser que je suis petite, ici.

 

La ville semble lointaine.

Au-délà des portes,

Murmures d’une vie mondaine.

deuxbouquets
Parenthèse dans le temps (1)

Une parenthèse dans le temps,

La fête foraine sur la place

réveille mon cœur d’enfant.

Des familles attendent,

                     Allez, c’est le dernier tour !

Toujours le même discours

que les enregistrements scandent.

 

                      Appuyez sur la pédale et tournez le volant.

 

Au coin de la buvette,

Une dame brosse son chat.

Qu’elle est coquette,

Avec ses jolis bas.

Ils semblent heureux,

                     tous les deux.

 

deuxbouquets
Silence bip bip [balade poétique 1-2]

Devant l’église y’a des
Enfants stridents, des
Petits juifves tournoyant.es, empilé.es sur le
Mobilier urbain, tournent et tournent et tourne et, devient un
Manège informel 
Détourné

Comme une réminiscence de la foire qu’on entend encore  

Oser rentrer dans la pierre orange 
Pour s’abriter du bruit sahhhhh
Après Anna 
Poufpouf pas feutrés sur la moquette – carrelage en damier en low anges
Flaque sacrée 
Dans ce vasque en forme de cendrier 
qui m’apelle à la laper là

BON SENS on se sent mieux penser 
bon soit, toujours je penser d’abord à mes proffesseureuses dès notre première année
Nous conjurant à chaque église ou cathédrale croisée 
de tenter d’entrer 

Alors je sais pas trop quoi faire de ça 
Mais j’ose avouer que ça fait du bien, chaque fois 
À mon pauvre système nerveux 
Surmené et mené en bateau, surnage et n’ai-je donc pas assez de.. 

Sieste

19.10.25

Æzul
Scroll d’ambiances [balade poétique 1-1]

Marcher jusqu’au marché fouré
                    -des toiles foirées
Demi-tour
Derrière la Foire   -forêt
                de
Platanes coupés    -trop près
                                  -trop loins

                sur
Place-plate-plane      minéralisée 
Sous les tentes alignées et-toilées :
Appuyer sur la pédale et tourner le volant Appuyer sur la pédale et tourner le volant Appuyer sur la pédale et tourner le volant Appuyer sur la pédale et tourner le volant Appuyer sur- aaaah

Dissonnances gris-vert vers la Fête – terre grise en grisant, faites taire le 

Serpent de fer 
Mehir en l’air
Gloire au plomb, au fer, gâchés guerre après guerre 
jsais pas quoi en fer, rien à faire 
derrière des
barreaux   de   fer 
         AH taire le
Pouvoir
           à! défaire
J’espère

Scroll d’ambiances

Goût d’avant-foire
Souvenir artificiels d’un temps
Voyage hors-temps qui fait 
Vomir tout le temps
                 parce que ça tourne tant
Temps spirale je râle dans cet enfer merveilleux 
Mer d’enfants, Océan de cris de
Bonheur réduit 
À ces amusements riquiqui 
Haut bas haut bas Oh bat de
Droite à gauche de droite à gauche 
Se foncer dedans 
Défonce des dents
Mais quand y’a plus d’argent, ou plus de dents
Bye bye paradis gris 

S’amuser c’est pas gratuit 
Baudrier de l’ennui 
Vertige à l’elastique 
Chouchou 10 balles ça pik
Canards c’est qui 
Coincoin plastique dans l’eau-spirale 
Ou nous-eux déambulant mines -pâles?

Mort , Moi, mon corps trouble, un fossé
    troublé soudain par cette figure 
Elle se détache du tableau gris-criard,
      Elle m’a vu 
et dans son visage, elle sait que je suis 
                -dans mon fantome déconcertée, ma dissociation concernée-
      Là
 et me rend ma présence 

1 Mamie 
1 Miaou miaou 
et 1 petite brosse contre la fête fausse 

19.10.25

Æzul
Supplément chantilly

L’église rose

L’humeur grise

Le feu léger

Le marché aux vices

La poisse aux corps

Les pains de pierres

Nos dents cassées

Dans des porte-monnaie

Pas sûrs d’exister

 

Les couleurs qui nous hurlent

D’être heureux

A y regarder de plus près
Qui s’amuse ici ?

Les sourires collent à la musique

Et si on l’arrêtait

Resterait-il des sourires ?

Des sourires plein de dents

Oui

Mais de bonheur ?

 

A y regarder de plus près je ne sais plus quand j’ai arrêté de croire au bonheur

Maintenant que j’ai arrêté ça va mieux

Je ne cherche plus rien, je trouve parfois des gaufres, supplément chantilly

La partie difficile ça a été entre les deux

Quand j’ai compris qu’il n’y avait pas d’élastique à mon vertige

 

Pourquoi les enfants ont-ils le monopole de l’usage légitime du trampoline ?

Pourquoi les parents ne les fracassent-ils pas au sol pour les préparer ?

Pourquoi est-ce contre-productif ? Est-ce contre-productif ?

 

Quand mon bonheur a-t-il commencé à exister dans le tien ?

 

A y regarder de plus près je ne sais rien de ces vitraux

De ces personnes, des tribunaux

A y regarder de plus près leurs pierres sont différentes

Mais leurs motifs  non

Et pourtant font des morts 

 

Les fidèles font les magasins

Les poètes les touristes

Les doigts les poches du monde

Les démunis des doigts au monde

Les beaux les malins

Et la loi

Les utopistes le détour

Les naïfs l’amour

Les naïfs le mal

Les autres comme ils peuvent

Certains

Le moins d’effort possible

et

Le plus de mal

 

D’autres l’inverse

D’autres encore l’inverse

D’autres se baladent jusqu’à

Ne jamais trouver

Et ne rentrent jamais chez elleux

En entier 


 [SG1]intentions

Rôti
balade poétique (3)

J’ai la forme des draps, du paillasson, des murs. Je vole les traits de l’obstacle, c’est moi le chemin et l’orage. J’apprends de ton poids. C’est comme si j’avais les mains pleines de ton regard du matin, ta salive du soir, la fatigue dans ta voix, et jamais dire combien on s’aime. J’ai l’hiver en bandoulière, la menace de la saison toute entière sur l’épaule et pourtant tu respires. Tu habites autour de moi comme si tu avais appris de la pluie comment les brèches sont négociables. Tu es dans toutes mes langues, et quand je dors c’est ton absence que je chante. Je ne sais pas comment faire simple, comment te regarder et te décrire, je voudrais faire de mes mots pas plus que des barques de papiers. Je voudrais savoir comment faire de toi une masse et en boucle pouvoir la présenter. Dire : tu vois voici mon monde. Tu vois, chaleur humaine odeur de bouffe écho des rues, c’est tout ce que je suis, tout ça que je transporte et pour toujours ce que je rencontre, le fil tendu de l’autre.

liminalperson
balade poétique (2)

Mange misère croûte de pain. Le son c’est : pénombre. C’est : il savait travailler le bois. C’est : ici on boit du sang. Et dans ce sillon le poids étouffé de tes pieds sur les carreaux de céramique. Ici juste invités. Toi et moi comme deux seaux de brume, et sur le bord du muret on s’embrasse. La tiédeur des bougies et vouloir apprendre par la peau ce que pourrait faire le sacré. Nos mains se font lourdes, ce qui les entrave ce doit être le respect, sous ces pierres il pèse des siècles, force le silence, il creuse la foi à même ta tempe. Si on me laisse le temps je deviendrai rivière. Aujourd’hui dans ces craquements, je crois entendre mes berges.

liminalperson
balade poétique (1)

C’est comme un échantillon,

enfance lumière dans l’automne,

comme si la tradition poursuivait mes pas,

et dans les bruits chercher l’habitude,

retenir le temps dans ce qui me tourne autour,

se rendre compte que pas d’odeur,

se rendre compte pas si familier finalement,

non finalement pas le même air,

le gris dans les visages et frites graisse et bulle,

la répétition étouffante des enregistrements,

attendre un moment la pellicule de sucre de sueur de rire qui recouvre tout,

voir comme tous les pavés sont frères, d’un bout à l’autre des villes

et portent les mêmes corps.

liminalperson
Manger le tout autour

Longtemps je l’ai

longtemps sur mon torse.

On ne se parle pas, on s’écoute.

Son cœur n’en est plus un,

lame

de fond qui se mêle à mon corps,

et je ne sais plus les distinguer.

 

Mon corps tombe amoureux du tien je crois

je lui souffle.

Elle le sent aussi elle me dit

j’ai l’impression qu’autour de nous ça vibre, nous avec

et qu’à chaque expiration on tisse quelque chose.

De son regard ouvert j’en tire un peu,

et on rit comme deux enfants qui ne connaissent que

l’évidence d’une main dans une autre.

 

Elle se redresse pour boire de l’eau

dans le verre, une feuille de mon ficus en train de mourir,

noyé peu à peu par l’excès

d’arrosage.

Elle la met dans sa bouche, me regarde, la recrache.

Elle me demande seulement après

c’est toxique ?

Elle est assise sur ses genoux comme pour une prière,

a la petite feuille au bout des doigts,

les lèvres offertes

à ma réponse

et je ne sais pas.

 

Elle dit

c’est pas une feuille qui va me tuer.

 

Un peu plus tôt, de son visage plongé contre mon bras

j’ai senti la chute d’un chemin,

d’une construction par les larmes de discussions

un truc de

 

elle me dit que je ressemble à

un moineau au réveil et

une hirondelle est passée par ma fenêtre pour observer

à l’intérieur

d’abord posée sur moi,

coulante sur les rideaux jusque douce sur mon bureau

je l’ai prise sur la tranche de ma main

dirigée au dehors car c’est là qu’elle doit être.

 

Elle me dit que je ressemble à

un oiseau

mais c’est elle qui repliée contre mon torse,

au fond de couvertures qui s’imaginent coquilles,

respire comme

 

si elle le décidait elle pourrait s’envoler

mais elle choisit d’être là.

 

Je la sens sur la tranche de ma main et elle

a tout à faire là,

contre moi yeux fermés comme pour dire :

je te connais.

 

Je parle de manger le tout autour, comme ma langue partout sur son visage pour rire, et puis moins.

Manger le tout autour par nos corps qui grandissent pour mieux être multiples,

manger le tout autour pour que la distance disparaisse,

que l’espace cette fois parce que je le veux se plie en lui-même et ne laisse que le temps, fort et sous mes cils, souple et dans mon rire

que je lui offre,

parce que mon temps récupéré je peux l’offrir.

 

Je lis ”si les choses tombent c’est à cause du ralentissement du temps” et moi tout près d’elle, souvent au sol, je sens

sous mes yeux les secondes qui passent et que je récupère,

comme l’eau de ma bouche à la sienne,

pour rire et puis moins.

Anna Pichot
Les ruines

Soleil et grand vent (faisait assez humide ) je portais une écharpe ça en dit long 

On se laisse porter  sur un tapis de feuilles en direction d’un fort  rien de plus tout me va

Je pédale  à côté de toi le long de cette grande allée,  je me sens petite tout d’un coup

Je regarde tes  cheveux au vent et ça m’amuse de les voir voler (puis même d’écrire ça )

Je sens le vent rentrer dans tout mon corps et traverser chaques parties  que j’avais pris soin d’envelopper 

À ce moment là , je me sens pleine d’énergie

Comme quoi parfois suffit juste d’une balade  en vélo

Je sais pas trop où on va , je te suis sans trop poser de questions.

Toi aussi tu as l’air de pas savoir où on va parfois faut juste revenir en arrière.

Mais on va quelque part on le sait.

On va vers la forêt

Là bas,  il y avait un lac où y’avait un mec qui pêchait  sur un espèce  de radeau

Y’a des arbres morts

Y’a des glands au sol

Y’a des chemins partout

Mais  le plus intéressant ce qui compte le plus c’est qu’il y avait un fort .

Le silence qui régnait  dans ces ruines nous a appellé.

Qu’est ce qu’il y avait dedans ????

Avec un peu d’imagination on peut faire des tas de trucs cools

J’ai essayé de transformer ces murs de poussière

En quelque chose d’autre de refaire vivre le passé ici maintenant avec toi

On a grimpé grimpé grimpé avec pour seule aide des branches d’arbres 

Nos pieds glissaient au sol

On est  rentrées à l’intérieur des murs

On savait pas ce qu’il y avait dedans

C’était peut être ça le mystère

Combien de personnes étaient venues  ici avant nous ?

Est ce qu’on y retournera ?

Probablement pas , il y a tant de choses à découvrir.

C’est pour cela qu’on a essayé d’immortaliser tout ça en prenant quelques photos 

Je te regardais en silence dans l’ombre entre quelques tags traces d’anciens passages

Voilà mon sounenir de cette journée d’automne .

 

 

 

Sousmonchapeau
Fatigué.e

Être une « femme », 

Ça veut dire quoi ? 

Résister, 

Se montrer, se retenir 

De parler quand l’oreille n’est pas 

De toute façon attentive. 

Monter en pression, cocote minute, 

Même dans l’énervement avoir 

Sa place dans la cuisine. 

Femme, féminité, féminisme, femen, 

La rage au ventre, de voir que 

La sororité est un pourcentage, un mirage, 

Quand même les sœurs, reproduisent 

Les manières hétérosexopatriarcales, 

Double violence, la claque est syntaxique, 

Saucer le pénis performatif qui porte le vernis

Écaillé, d’une inclusivité qu’il évoque et puis, 

Minimiser la chatte, parce que pourquoi, 

Après tout, on en a le droit ? C’est devenu étatique.

chloedeoliveira_
La balise papillon
Un papillon affronte, seul, l’immensité d’un pré.
Perdu, dans le champ des possibles,
Océan vert balayé par une faible brise.
Le battement de ses ailes le porte dans cet espace.
De ce mouvement léger mais chaotique,
Se devine une trajectoire faisant fi de tous les dangers liés à sa fragilité.
Mu par son instinct, il dessine son destin sur cette toile chlorophyllienne.
La vue de ce tableau apaise le cœur du promeneur,
Dont la vie lui paraît insensée.
Concentrant son attention sur les ailes virevoltantes,
Son esprit s’élève, un peu plus courageux,
Pour trouver son chemin de vie.
 
OLIVESS
Prise

une boule dure et chaude dans le ventre

qui gonfle est la

comme avant un grand changement

dans le corps et en dehors

comme la gorge qui siffle avant de tomber malade

et mes joues rouges en pensant à toi

surtout

Anna Pichot
Je connais presque ton odeur

Le départ en voyage se fait en grands vertiges

de fatigue qui troublent

jusqu’au ciel puisqu’il se met à pleuvoir.

 

Tout passe vite et en à peine quelques bonjour

nous sommes entourés de bois et de pierre qui isolent

d’un vert voilé par nos souffles;

ils roulent en brouillard entre les conifères.

 

On ne pénètre le paysage que si on accepte ses gouttes jusqu’au fond des yeux,

alors il crache des silhouettes de chevaux

et des limaces jusque dans les lavabos.

 

Tous ensemble autour d’une table qui nous enlace,

et les pizzas,

on se raconte des histoires de couleurs et de jumelage par les actes.

 

On rit de se savoir au même endroit.

 

On joue du piano en comblant les désaccords par nos rires

et enfin, on s’endort

blottis dans nos lits comme dans les contes

avec trois ours

et des boucles d’or.

                                                                                                                                                

Le lendemain l’envie de toucher tout par les yeux se fait forte,

je pars vite.

 

Au début

passage dans une ville vide et de briques

il y a une grille et derrière un chien

un chien un loup peut-être

de toute sa taille à l’arrière d’une camionnette

derrière encore

une grille

une grande cage à roue,

et lui calme dedans.

on se fixe un peu en silence, au travers des deux grilles et

par moirage il devient un peu humain

et moi sûrement un peu chien.

 

J’avance vite et ne m’arrête à nouveau que devant un ogre

de bois

dessous la légende s’étale en vert sur jaune,

comme les fausses guêpes, les mouches malignes et qui trompent,

 

Les Bruyêrois ne vous en parleront probablement pas, en tout cas ils ne m’ont rien dit. Mais une chose est sûre, pour l’avoir vécu, il n’est pas rare, par une nuit de pleine Lune d’entendre l’ogre dans le vallon de l’Avison ! Mieux que cela, pour qui en aurait le courage, il est même possible de l’observer danser et festoyer avec toute une troupe de Sotrés accompagnant de bon cœur et de vive voix l’ogre de ces bois.

 

Embrassée par les cyprès je grimpe sur des sentiers qui bouffent de lumières et d’ombres

tous les traits.

 

Tout en haut,

la tour de l’Avison domine Bruyères

et mes yeux y sautent de coin en coin

comme une tique depuis les fougères,

ou depuis un banc

et Kyliann au bout.

 

J’emprunte le chemin de la paix et de la liberté jusqu’à une chapelle discrète

dans le grès rose

un hommage au sergent Kuroda;

la chapelle de la Roche où on ne peut que passer

et lui qui reste figé là.

 

Je me perds un peu ensuite,

les balises ne sont plus jamais les bonnes

et les câbles non plus,

tout s’éteint.

 

Sans carte, je me retrouve seule avec la source

et déjà il faut remonter son courant.

 

Je cours aux retrouvailles en abandonnant ravins et étangs derrière moi,

comme si le mystère se devait encore d’exister.

 

Je marche vite le long des routes, je coupe la carte de diagonales de béton.

Je tisse une toile, un quadrillage évident

du paysage.

J’ai conscience que chaque pas comme chaque seconde me rapproche

de la rencontre avec les autres mais aussi,

et ça m’y fait penser,

avec toi.

 

C’est peut-être pour ça que j’ai ce besoin de tout parcourir,

de comprendre le tout autour

à défaut de tenir entre mes mains

le sens

la pulpe essentielle de ce qui se déroule

à l’intérieur

de mon organe

frontière

et du tien.

 

Alors je réfléchis à des mots pour toi, pour te sentir un peu au bout de ma langue

 

mais elle tourne seule contre mon palais, très près de mes dents et

j’ai la bouche pleine de l’eau que j’oublie de boire

j’ai des gouttes le long des omoplates et

jusqu’au genoux d’essayer avant l’heure de te savoir.

 

C’est comme s’il ne fallait rien figer main

tenant,

comme si le mystère se devait encore d’exister.

 

Je pense à toi dans ma solitude forcée par des choses

que je ne comprends pas vraiment

mais qui sont pourtant au centre de notre lien.

Nos écrans, le réseau, le maillage électrique,

intangibles et pourtant,

je connais la courbure de tes yeux quand tu souris

et presque ton odeur.

 

La distance ne me sépare pas de toi

et je sais que tu me vois,

même sans ton regard dans le mien.

 

Il se passe quelque chose comme une intrication

de tes boucles aux miennes.

 

Je récolte sur le chemin des bribes pour toi,

et sans le savoir tu tiens par ta mémoire

et derrière tes cils

ma manière intime d’arpenter le monde

 

donc finalement c’est moi

 

que tu tiens par ta mémoire

et derrière tes cils,

comme si le mystère ne devait plus tant exister.

 

Je marche vite le long des routes jusqu’à rattraper d’autres trajectoires,

et le groupe.

À la croisée des chemins deux chevaux de traie,

et deux personnes à la lisière d’une balade

mais aussi deux chiens pareils et qui cette fois,

eux,

sortent le museau de la grille

pour hurler sur les passant•es.

 

Tout communique à nouveau donc.

 

On rentre au gîte en ramassant fraises et tiques.

Tout rentre dans le corps par la peau par la bouche.

Comme si déjà le lieu nous avait changé

un peu

avec nos salives comme empreintes dans le compost,

à la surface des peaux de pastèques, et

leur jus

partout au sol.

Anna Pichot
Thé au sol

 

Sous les arbres doux

taillés du bout des ongles

et des passages

Lena fait couler la cire sur le béton

longtemps jusqu’à

poser la bougie au centre de la petite flaque

à trois doigts

et le regard en l’air, brillant.

Au bord de l’eau,

là où le courant est plus fort à cause

des décharges

Je sors de mon sac les tasses le thermos et les sachets de thé

il y a des odeurs de tisane en extérieur

qui se mélangent aux rires si pleins qu’ils dégoulinent de morve et de mascara

surface sous nuit pour inverse de la

noyade sous golden hour

on remonte à la surface et Orion fait des bruits d’oiseau

grandes jambes toutes tendues on se replie par nos bras

comme des

plantes fatiguées d’une journée à tourner avec le soleil

 

Une fois rentrée, et le ventre plein d’un gâteau qui n’est jamais arrivé,

je pense un peu

à elle

je n’ose pas trop encore écrire à son propos

j’ai peur de figer des choses qui se doivent de rester encore un peu mouvantes

l’imagination ici est un risque et je connais déjà tous les chemins

mais je m’amuse parfois à mon insu à prendre son visage aux traits encore incertains

entre mes paumes

Anna Pichot
Atelier

J’aimerais ne jamais oublier comme ce soir, mon petit atelier de poésie discret.

C’est une erreur de débutant, sûrement, que de se retrouver au milieu du monde bruyant, à cette table où le partage est limité aux conversations acceptables, aux interactions faciles.

Je ne suis pas facile,

j’aurais aimé écrire pour compenser le manque d’adresses à mon égard.

Mais j’ai oublié mon petit carnet.

Kerian Dubuis
Les murmures de mon coeur

Les murmures de mon cœur

M’empêchent de respirer

Mais au lieu de les ignorer

J’ai cueilli une fleur

Que j’avais fait pousser

Elle se mit à parler

Cette fleur

Si tu ne m’avais pas arrosée

Grâce à tes pleurs

Je n’aurais jamais pu exister

C’est ainsi que je fais pousser mon jardin secret

Plumencree
Un 21 Novembre

Il neige ici-bas 

Il y a longtemps qu’on avait pas vu un spectacle comme cela

Les rues saupoudrées de sucre glace

A la lueur des lampadaires, des flocons voltigant

Les voitures garées le long des trottoirs ont revêtu des manteaux blancs 

J’ai ouvert la fenêtre.

Il neige si abondamment 

Tout est si calme si apaisant 

On entend juste le petit « pok » de chaque flocon qui se dépose délicatement 

Sur ses camarades flocons, de la population des flocons,

Descendus nous rendre visite depuis leur maison-mère les Nuages

Et les uns après les autres, très sages

Se sont élancés tel des oisillons 

Un long voyage de dégringolade s’est alors ensuivi par milliards de millions 

Raf
Paracétamol

Sorry, I was boarding the plane.

Actually, getting back to my place was a little wierd too, aafter seeing you.

Unlike you, my bus picked me up properly, but I got locked out of my hotel. My friend fell asleep.

I had to call the hotel manager. Not a smooth process.

Anyway, see you soon.

xoxo

 

On est tombés bien bas, du paracétamol pour calmer la douleur.

Ruinee dès l’essai son idéal, comme un capitalisme des sentiments.

Kerian Dubuis
Nouvelles

Je ne veux pas prendre de vos

nouvelles.

Parce que

j’ai la sensation que vous ne prenez pas

de mes

nouvelles.

Et donc

même si j’étais censé vous appeler

aujourd’hui,

et bien non.

À votre tour,

maintenant.

Kerian Dubuis
Sincèrement.

Je suis désolé.

Je te vois pleurer,

Et je sais que mes mots

ne sont pas assez.

Ne sont pas assez,

Pour éteindre cette douleur,

Pour t’en libérer. 

I’m sorry.

I failed. 

To help you out. 

I’m sorry. 

I failed. 

To get you out. 

You’re way too deep.

To get you out.

 

Moiaussi
Exutoire

La forêt réveille les esprits les plus,

cachés,

créatifs, seulement entre les

feuilles.

Alors, quand, la forêt dans la ville est

parcourue,

l’énergie grandiose des artistes s’en dégage.

Le mouvement s’opère, contre tout,

en un exutoire nécessaire.

Kerian Dubuis
Citadelles

Sur le chemin pour rentrer chez moi,

en passant sous les ponts,

j’ai observé les citadelles

des tisseuses de vide,

de lumière

et à la nuit tout juste tombé sous mes pas

j’ai confié mes souvenirs mes tristesses

comme on tend un fil d’un point à un autre,

un maillage.

 

J’ai lu aujourd’hui des choses sur

les motifs temporels dans lesquels nous sommes pris

sur le développement des non-lieux

par la contraction de l’espace,

et le temps comme seul point de repère

qui appuie de tous ses doigts et tasse

ce qui reste de notre rapport à autour.

 

La compression du présent

et le cycle de l’accélération

en boucle auto-alimentée

m’ont fait m’arrêter devant les

milieux transparents

comme en réponse à la raréfaction du temps

comme pour attraper ce qu’il en reste et

parce que je crois que c’est en avalant

quelques secondes

prises dans des toiles visibles rien que par

la nuit qui vient de tomber sous nos pas

que les non lieux

sans histoire sans identité sans relation

prennent du sens

en refuges de décélération,

en citadelles de silence.

 

J’y pense, en filant sous les arbres noirs

et par les dernières ombres.

En agitant la tête

j’ai vu les feuilles roussir à vu d’oeil

et quelques sursauts de gestes,

d’oscillations,

par les fenêtres ouvertes aux passants.

Encore donc

les nouveaux espaces

les tremblements dans l’air et moi au bout

l’acceptation de la finitude face à la multiplicité d’expériences autres

l’attention à autour comme remède à la hâte

la lutte contre la contraction de l’espace provoquée virtuellement

par la vitesse des transports

et de la communication

en grands recueillements du temps dans le corps

les pieds au sol

et la tête lourde, faite pour ça

une balise d’orientation

une inertie nécessaire

 

et face à moi toujours le mouvement

et les bras qui se tiennent

et ne se lâchent pas.

Anna Pichot
bad ergonomie
bad ergonomie de comptoir,
le repose-pied déniché console
 
j’efface au gel hydroalcoolique
les traces de nez gras de la veille des vitres
 
une psy marseillaise en vacances
tempère un macho stressant, agressif, sidérant, 
cimer meuf, c’était moche
 
les minutes suent à deux de tension
 
merci et gros bisous, 
me dit-on au téléphone
Hélène Bléhaut
Anarchy Garden

WHY NOT SHARE ALL THINGS WE LIKE? SWEET, SALTY, SPICY, SOFT, HARD, AND OTHER TASTY AND SENSITIVE EXPERIENCES FROM THE FRONT HOLE THAT WE SHARE. THE MOUTH OF US ALL? ALL SAME BUT ALL SLIGHTLY UNIQUE… TE NO GUSTA PIMIENTE?! ACHSO, PLEASE TASTE THIS INSTEAD BECAUSE WE’RE ALWAYS IN SOME WAYS SOMEONE’S FOOD SIBLING; IF NO PIMIENTO ÑAÑES, MAYBE PIKANTE ÑAÑES OR PROBABLY SANDÍA ÑAÑES. 

LET’S SEE THROUGH OUR IDENTITIES THEIR ENDLESS COMBINATIONS THAT WEAVE A WEB SO INTRICATED BETWEEN ALL FOOD SIBLINGS THAT WHEN WE GATHER AROUND THE FOOD THAT WE SPEAK AND SHARE, THEN NO BORDERS NO WARS MAKE SENSE ANYMORE – AND BE ALL INCONEXAS PATRAÑAS.

          À TABLE !         
TEA TIME !               L’HEURE DU GOÛTER !
                      DINER’S READY !
       APÉRO !                      ME GUSTA MUCHO !  

 

29.7.2025

Æzul
Rose

Le profil est fin, et la conversation pourrait s’allonger. La vue d’elle envoie valser les endorphines dans les tympans, tambourine la cervelle de plaisir, de confort soudain, un frisson. Le regard assuré et direct, il inquiète les autres, croisés. Et c’est le vide. La grande dégringolade, sans fin, dans les méandres des iris sombres. Surtout, tant que l’apesanteur soulève le coeur, on croit rêver, à la nymphe idéale, une déesse parfaite devant nous. Alors, pas d’espoir, on se contente du dialogue, déjà chanceux d’être proches.

Kerian Dubuis
PETIT COFFRET ROUGE

   envelopé.e   dans un linceul
blanc

 des  cils infinis    comme
                                           le temps

Æzul
Vue sur la rivière

Sur mon chemin j’aime m’arrêter sur ce pont. J’y contemple la danse des reflets du jour dans la rivière. 

Je pense aux arbres qui se dressent grâce à son eau. Merci à elle d’être la source de ce merveilleux paysage. Merci à elle de partager ses vertus à tant d’êtres. Merci à elle de ne rien attendre en retour. 

À la lumière de cette rivière je me souhaite de pouvoir vivre comme elle : tracer ma route à mon rythme, avec fluidité, en continuité du temps passé-future-présent, et contribuer modestement à faire mieux vivre les passants. 

Tom S
La mer

Elle se dresse,
Aussi violente qu’insolente,
Provoquant tous les regards 
Refoulant nos sentiments amer
Elle m’a déshabillé hier
Se dressant comme un rempart
Face à moi, toute petite Démunie, sans pouvoir, face à elle

Aujourd’hui,
Je partage un moment
À écouter le ressac des vagues
Sur la plage avec des âm(i).e.s
Encore à me demander 
Pour la énième fois 
Quand et avec qui sera la prochaine fois 
Que je la reverrai

Raf
le hors-livre

Les signes des façades

les malécrits des rues

les giclées d’encre bleue

les pages des jardins

les paroles des poteaux
les autocollants placardés
le tipex sur le bois ou le fer
les déchirures graffitis
les aphorismes en bavure
les grandes lettres pendues
les confessions des passages
les secrets des cabanes
les mots dans les chiottes
les cris des ruelles
les racontars de trottoir
les griffures sur le verre
la craie blanche funambule
le feutre noir dans les latrines
les papiers blancs d’écrits noirs
les feuilles scotchées des couloirs

les morsures de la peinture
les phrases d’abribus
les tâches derrière les poubelles

les ratures sur la pierre
les cartons qui parlent
la tristesse biffée sur les rambardes

la parole perdue sur un mur
les dessins sur les vitrines
les déclarations des bancs
les gravures des troncs d’arbre
la poésie baragouine

Matt Mahlen
Renard

Il n’y a ici ni renard, ni prêche. Aucun roux prophète d’un testament rusé. Il n’y a pas d’histoire, il n’y a pas d’hagiographie à raconter. Les murs de cette rue sont aussi banals que les autres, briques-bées. 

Mais il y a un bar nommé le Purgatoire, dans la rue du Renard-Prêchant. Et le dernier à avoir cherché la tanière fut pendu à son clocher. 

De cette rue il ne reste que légende ou mensonge, d’un canidé en habits de moine allant parler une bonne parole à une assemblée de canards. (Ce n’est pas une métaphore, c’est vrai, c’est pour ça que ça s’appelle comme ça, allez chercher.)

De cette rue, il ne reste bête ni prière, aucune conte, aucune fable. C’est juste une rue. 

Le fleuriste qui s’appelle Ronsard fait faner ses fleurs sur le trottoir alors que l’alcoolique du service fait les douze coups de midi. — Et dès la fin des vêpres, cette même vieille femme fume à sa fenêtre chaque soir religeiseuement même moment même fenêtre, même corps penché vers les cheminés, avant que les chiens errants 

hurlent à la nuit

Dieu sait pourquoi. 

 

Elias
La balançoire

Dans le jardin de Maminou, sous le kiosque, à l’abri de la pluie, tu m’as dit : « Viens, on va faire de la balançoire. »

Soudain, je me revois toute petite, au même endroit qu’avec toi, sur les genoux de Maminou, toujours vêtue de ses grandes et belles robes de chambre, avec au loin Papi en train de faire brûler des marrons, la clope au bec.

Je bondis de ses genoux et me mets à courir entre ces grands chênes, en direction de Papi, pour le supplier de me pousser sur la balançoire

Jusqu’à maintenant, elle était devenue pour moi un vieux bout de bois avec deux cordes, un truc de gosse quoi, rien de plus banal.

Mais en me posant cette simple question, je crois que tous les souvenirs que j’avais construits s’étaient effondrés.

Je crois même que j’avais rasé puis tout enterré, car tous ces souvenirs étaient trop difficiles à entretenir ; il restait quelques ruines, mais rien de plus.

Je repars déterrer ces vestiges avec toi.

Je ferme mes yeux, me laisse suspendue entre terre et air…

Souvenirs et réalité, balancer entre tes mains.

À présent, même s’il reste quelques bouts sous terre, on a redonné vie à cette balançoire, ma balançoire,

marquée par le passage des saisons, maintenant avec son manteau de lichen.

Sousmonchapeau